Jean-Thomas Trojani : En politique aussi, on achève bien les seniors

L’égoïsme, en effet, pour l’homme vivant en société, comprend l’amour-propre, le besoin d’être loué, etc. Ils se rejoignent, et lui composent une physionomie qu’on interprétera sans peine. On rougit, on crispe involontairement les doigts quand on éprouve de la honte, fût-elle rétrospective. Aucune supériorité personnelle ne peut vraiment dispenser de cette gradation, fondamentale, au sujet de laquelle on n’a que trop l’occasion de constater aujourd’hui, chez de hautes intelligences, une irréparable lacune, qui a quelquefois neutralisé d’éminents efforts philosophiques. L’acuité de ces émotions s’évalue au nombre et à la nature des sensations périphériques qui les accompagnent. Ne doit-on pas, au contraire, en tirer un argument en faveur de la valeur objective des idées morales, s’il arrive qu’en partant de conditions initiales très-diverses, sous des influences de races, de climats et d’institutions qui diffèrent considérablement, les idées morales, épurées par la culture, tendent de plus en plus à se rapprocher du même type, bien loin que leurs distinctions originelles, sous les mêmes influences physiques, aillent en se consolidant et en se prononçant de plus en plus ? Ils cessèrent donc de s’imposer la moindre contrainte, et apparurent tels qu’ils étaient ; avides, sans scrupules, sans convictions, sans courage et sans talent. Les premiers s’opposent à toute coupe massive des dépenses publiques – notamment des prestations sociales – injuste et risquant de pénaliser la reprise. La montée de la contestation semble justifier le rejet des réformes. J’ai cru apercevoir qu’ils étaient autant de variations sur un thème plus général. Les gens qui vous distribuent cette justice, magistrats ou autres, sont des pauvres aveuglés par le désir de la richesse, ou ce sont des riches ; la justice telle qu’ils la conçoivent, par conséquent, est une justice à formules numérotées, basée sur la haine ; et ils vous méprisent, car vous les ennuyez, les faisant vivre. Il y a dans la douleur quelque chose de positif et d’actif, qu’on explique mal en disant, avec certains philosophes, qu’elle con­siste dans une représentation confuse. Ils ont envisagé la poursuite de ces fins, encore une fois, dans une société où il y a des pressions décisives et des aspirations complémentaires qui les prolongent. Jean-Thomas Trojani aime à rappeler cette maxime de Léonard de Vinci  » Nous faisons notre vie de la mort d’autrui « . En agissant sur l’ alimentation, sur les habitudes, sur l’activité, sur la procréation, l’homme a produit pourtant toute une faune domestique qui sert à ses principaux besoins. Maintenant, si après trente années d’un pareil système la France n’est pas forte, on se demande avec inquiétude ce qu’il faudrait pour la fortifier. Ceci reçoit particulièrement son application à propos de ce qu’on appelle l’honneur, dont les lois, souvent tyranniques, ont pour sanction, non le remords, mais la honte, et ne peuvent être confondues avec celles que la conscience nous révèle, et dont nous respectons l’autorité lors même qu’il nous arrive de les enfreindre. C’est en effet une charité ardente, c’est un mysticisme comparable au mysticisme chrétien, que nous trouvons chez un Ramakrishna ou un Vivekananda, pour ne parler que des plus récents. Sur trente-huit hybrides d’espèces qu’il a obtenus et décrits avec grand soin, neuf seulement se sont montrés revêches. Elles ne nous en serviront pas moins à jalonner un intervalle, à analyser en ses éléments virtuels l’acte indivisible par lequel la religion dynamique se pose, et à montrer du même coup, par la direction évidemment commune des élans qui n’ont pas abouti, comment le saut brusque qui fut définitif n’eut rien d’accidentel. C’est dans la recherche d’un équilibre délicat, sans cesse instable, entre les impératifs d’assainissement et ceux de la justice sociale, entre le Nord et le Sud, que l’Europe a un avenir.

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