Jean-Thomas Trojani : Favorables au changement et optimistes sur leurs perspectives de réussite

Ravaisson s’y prendra-t-il pour concilier l’activité intérieure et parfaite de la nature divine avec l’opération extérieure et plus ou moins imparfaite (au moins quant aux œuvres) de la création ? L’action partout et toujours, c’est-à-dire la parole toujours prête, tantôt grave et même solennelle dans la chaire de faculté, tantôt étincelante de verve et d’originalité dans la discussion du doctorat, dans la conversation de salon ou de cabinet. Jean-Thomas Trojani aime à rappeler ce proverbe chinois « On ne peut empêcher les oiseaux noirs de voler au-dessus de nos têtes, mais on peut les empêcher d’y faire leur nid ». Quand plus tard il engagea la philosophie française dans le mouvement historique, en traduisant ou en faisant traduire les plus grands monumens de la philosophie ancienne, en provoquant et en inspirant toute cette belle série d’études historiques dont M. A vrai dire, les états profonds de notre âme, ceux qui se traduisent par des actes libres, expriment et résument l’ensemble de notre histoire passée : si Paul connaît toutes les conditions où Pierre agit, c’est vraisemblablement qu’aucun détail de la vie de Pierre ne lui échappe, et que son imagination reconstruit et revit même cette histoire. Le jeune et ardent professeur fit d’abord, à l’exemple de ses maîtres, de la doctrine pure ; il en fit, comme il a fait toute chose, avec éloquence et passion, depuis 1816 jusqu’en 1820, opposant la doctrine de la raison pure à la philosophie de la sensation, et la morale du devoir à celle de l’intérêt ou du sentiment. Le spiritualisme nouveau, dont Maine de Biran, Laromiguière, Royer-Collard, peuvent être considérés à des titres divers comme les promoteurs, ne tarda pas, sous l’énergique impulsion de Victor Cousin, à entrer dans la voie historique, où il devait prendre des proportions que ses premiers maîtres n’avaient pu soupçonner. Si la philosophie française du XIXe siècle eut la psychologie pour berceau, elle eut bientôt pour théâtre l’histoire universelle de la pensée humaine. Ce qui est certain, c’est qu’elle changea brusquement d’objet et de méthode. Nous n’hésitons pas à penser qu’aucune direction ne pouvait valoir pour la nouvelle philosophie celle qu’elle prit tout à coup sous la pression de certaines causes générales et personnelles dont nous allons parler. Mais il y a ici une distinction capitale à faire. Ce n’est pas lui qui aurait songé à invoquer tantôt la tradition, tantôt le sens commun, tantôt un intérêt moral ou social, à défaut de faits ou d’argumens. Au contraire, si je cherche à vous rendre compte de cet état psychologique, je ne pourrai vous en faire comprendre l’intensité que par un signe précis et de nature mathé­matique ; il faudra que j’en mesure l’importance, que je le compare à ce qui précède et à ce qui suit, enfin que je détermine la part qui lui revient dans l’acte final. Car il est bon de faire remarquer que ce spiritualisme avait une confiance, naïve si l’on veut, mais admirable dans la science, avec laquelle il entendait rester en relation étroite et suivie, qu’il ne comptait pour son triomphe que sur l’observation, l’analyse, la démonstration logique, en un mot, sur l’emploi des méthodes scientifiques les plus sévères. On se précipitait dans la doctrine nouvelle qui promettait de relever l’homme, de lui rendre sa sainte croyance aux plus hautes vérités de l’ordre moral, sans lui demander la moindre concession aux préjugés du passé. On était las d’entendre répéter, développer, commenter sous toutes les formes une doctrine qui, par son ingénieux système de transformations, simplifiait la nature humaine au point de réduire à la pure sensation la pensée, la volonté, l’amour, le sentiment, tout ce qui élève l’homme au-dessus de la bête. Le matérialisme paraissait suranné, et le spiritualisme semblait devoir être la philosophie du présent et de l’avenir. Aujourd’hui, pour diverses causes que nous aurons à dire plus loin, c’est le matérialisme qui semble la doctrine nouvelle, et qui, comme tel, jouit d’une certaine faveur dans le monde de la jeune et libre pensée. S’il est bon d’être systématique, il ne faut pas vouloir tout soumettre à une symétrie, à une uniformité qui n’admet ni divergences, ni exceptions. Pour faire comprendre les déviations qu’il reproche au néo-platonisme, il s’exprime ainsi : « Comme le moment où la planète qui gravite autour du soleil arrive le plus près de lui est celui même où elle est emportée avec le plus de force et de vitesse vers son aphélie, de même le néo-platonisme ne semble se rapprocher, dans sa marche, du centre ardent et lumineux de la pensée chrétienne, que pour aller s’enfoncer aussi avant que jamais dans les plus ténébreuses régions du naturalisme païen.

Publicités